Thursday, 27 October 2011

Gambero Rosso @ St Regis Hotel

Première dégustation Gambero Rosso à Singapour, hier au St Regis.  Ce n'était pas la dégustation "Tre Bicchieri" comme je le croyais (voir article "Quand les Français apprendront-ils à travailler ensemble?") mais un "Italian Wine Roadshow".  C'est une dégustation de producteurs italiens qui aura désormais lieu à Mumbai, Singapour, Séoul, Moscou, Sao Paulo et Rio de Janeiro tous les ans.  On voit très bien où les Italiens concentrent désormais leurs efforts!

Même si j'ai une aversion totale pour ce genre de grand événement, je me suis pointé au bon moment, et il n'y avait pas trop de monde, tant mieux.  Je ne supporte pas de jouer des coudes pour pouvoir avoir un petit verre... Et puis souvent, si on n'est pas là dès le début (comme ce fût mon cas), il ne reste plus les vins les plus recherchés, comme par exemple le seul Barolo de Gaja, qui visiblement a été liquidé en une demie-heure.  Ce n'est pas grave, j'en ai déjà assez goûté par le passé, mais ce n'est pas forcément le cas de tout le monde.  Petite parenthèse, en Asie, encore plus qu'en Europe, les gens vont directement chercher les vins les plus chers à une dégustation: sans aucune vergogne, ils se pointent, demandent le vin le plus cher, un peu plus, encore un peu, merci et Cheers!

La dégustation en elle-même regroupait environ 50 domaines de presque toutes les régions d'Italie.  Contrairement au Tre Bicchieri Tasting, il n'y avait pas que du top, mais un panorama assez extensif de la viticulture italienne, même si il s'agissait quand même de très gros domaines pour la plupart.

Comme toujours, j'ai commencé par faire une tournée de vin blanc avant de passer au rouge.  Il y avait beaucoup de Vementino de diverses régions (en France on appelle ça le Rolle), quelques Greco di Tufo (le cépage est autochtone, mais le mot "tufo" est exactement le même que le tuffeau d'Anjou ou de Loire, même type de sols), quelques cépages internationaux (chardonnay, sauvignon de diverses régions) et des cépages autochtones, comme le Picolit du Piémont.  Les blancs italiens sont assez intéressants, car ils peuvent jouer  sur un registre qu'on ne connait que peu en France, très proche de l'excès d'amertume.  Souvent, les vins mettent allègrement les pieds dans le plat, mais des fois ils sont juste à la limite, jouant avec brio une partition d'équilibriste.  Ca, pour le coup, j'aime bien.  Ce que j'aime moins, c'est quand le vin est sans origine, fait par un consultant et avec des levures choisies plutôt qu'endogènes.  Je constate quand même qu'il y avait moins de blancs élevés en fût que par le passé et beaucoup sans FML (fermentation malo-lactique), ce qui permet de retenir un peu d'acidité et donc de fraîcheur.  Mais bon, dans l'ensemble, les blancs étaient sans surprise.  J'ai quand même fait une jolie découverte: le Vermentino di Gallura.  C'est apparemment la seule DOCG de Vermentino en Italie.  Une DOCG, c'est une "Appellazione di Origine Controllata e Garantita", soit une appellation de qualité supérieure.  Il y en a une cinquantaine en tout, comme le Brunello di Montalcino, le Barolo ou le Greco di Tufo.  Souvent le nom comporte le nom du cépage "Vermentino" et de la provenance "di Gallura".  Bref, je ne connaissais pas cette DOCG, située au Nord de la Sardaigne, et elle était représentée par la Cantina di Gallura. Des 4 vins que j'ai goûté du domaine, 3 m'ont vraiment bluffés: je n'avais jamais senti ni goûté de vermentino avec ces profils aromatiques, des nez tout dans la retenu, avec une minéralité très expressive en bouche.  Apparemment cette région a une grande amplitude thermique entre jour et nuit, ce qui permet de mûrir le vermentino à point.  En tout cas, au nez, on aurait dit des grands pinot gris d'Alsace, plutôt que des Vermentino, faussement floraux au nez et beurrés en bouche.  Bref, j'ai pris une photo (super-moche) de ma bouteille préférée, pour pouvoir m'en souvenir:



En termes de rouges ensuite, du très traditionnel, Chianti, Brunello, Barolo, ou du moins connu, comme le Sagrantino di Montefalco, une de mes appellations préférées, parce qu'il y a deux vignerons cultes là-bas, mais qui n'étaient pas présents à cet événement :-(  Les rouges, comme souvent avec les vins italiens jeunes (j'adore les généralisations!), étaient super-durs, astringents et dans l'ensemble pas agréables.  En même temps, je me démerde toujours dans ce genre de dégustation pour aimer le contraire de ce que les gens aiment: je suis allé à une dégustation de vins allemands une fois, où j'ai adoré les vins rouges...  Bon en attendant, il n'y avait pas grand chose à se mettre sous la main, des Chianti en manque d'inspiration, des Aglianico confits de chez confits, un Barolo beaucoup trop jeune (enfin, moi je dirais plutôt " avec des tannins pas mûrs", mais le représentant insite qu'il faut attendre au moins 70 ans pour boire un vrai Barolo, tant mieux pour ceux qui le peuvent), un sagrantino sans envergure.  Petite rédemption pour un Montepulciano d'Abruzzo (le nom = cépage + la provenance), que je connaissais déjà bien pour en avoir vendu aux Etats-Unis: Valle Reale.  La représentante de la marque me parle un peu du domaine, qui, je le savais, est niché dans un parc naturel et donc totalement protégé de la pollution.  Je me souvenais que le vin était bio (peut-être même biodynamique), mais elle m'a dit qu'en fait, il n'avaient toujours pas de label (ce n'est pas important en soit, mais bon, ils m'auraient menti à l'époque?  Ma mémoire me fait-elle défaut?).  Bref, en discutant avec elle, elle me dit qu'ils font de plus en plus de vins avec des "natural yeasts", entendez levures endogènes.  Ben j'espère bien!  Je ne comprends pas comment on peut prétendre faire un vin naturel si on n'utilise pas exclusivement des levures endogènes.  Le fait que les levures sélectionnées soient bio ne sert absolument à rien.  D'ailleurs, ça veut dire quoi des levures bios?  Dans ma cuisine, je cultive des levures bios, dans mon kéfir.  Ca ne veut pas dire qu'elles feraient un bon vin ou une bonne bière.... Je devrais faire un article entier sur ce sujet pour m'expliquer pleinement, mais en attendant, même si les vins étaient bien, gourmands et frais, j'ai été quand même un peu scié.  

Bref, tant pis pour les rouges d'Italie, je garderais volontiers uniquement les blancs, ceux qui aiment les rouges super-astringents ou qui sont certains de vivre 140 ans peuvent attendre que leur Barolo soit prêt.

PS: Petite précision pour être plus clair, quand je généralise en parlant des "vins rouges italiens", je parle bien sûr des vins italiens moyens.  Il existe bien entendu des myriades d'exceptions, de vins frais, élégants, se buvant bien jeunes.  Mais je constate tout de même que les rouges italiens astringents et imbuvables se cachent souvent derrière l'excuse bidon du "il n'est pas prêt à boire, il faut l'attendre encore quelques décennies pour qu'il soit à son apogée".  Je renvoie à un article antérieur (Volpaia @ Mozza), sur le fait qu'un vin vieux n'est bon que lorsqu'il est bon jeune et surtout qu'un vin astringent jeune ne sera jamais bon.  Pensez aux Médoc de 1988 par exemple: souvent, les vins étaient durs et astringents jeunes et les Médocains disaient qu'il fallait "les attendre".  Ceux qui ont attendu ont pu constater que les vins ne sont jamais devenus "bons" par enchantement, ils se sont juste desséchés, à tel point qu'il ne restait à la fin que du tannin sec et désagréable.  Bref, vous l'aurez compris, si ce n'est pas bon jeune, ça ne m'intéresse pas.


No comments:

Post a Comment