Friday, 23 December 2011

Revue de presse

Si vous remplacez "Automobile" par "vin" et "Allemands" par "Italiens/Espagnols", cela résume assez bien tout ce que j'ai écrit par le passé:

J'en profite aussi pour souhaiter un très joyeux Noël aux lecteurs de ce blog.  En espérant que vous aurez des chouettes repas et des bons vins pendant vos fêtes.

Tuesday, 20 December 2011

Soufre-douleur

C'est marrant de voir comment notre perception du soufre (ou plutôt des sulfites) a évolué ces dernières années. Quand j'ai commencé à bosser dans le vin, c'est à dire il y a peu ou prou 10 ans, on était en pleine vogue du "zéro soufre".  Des vignerons (en particulier en Beaujolais) ce sont faits les apôtres d'une viticulture libérée du carcan de l'utilisation du soufre et ont allègrement embouteillé des millésimes entiers ou des cuvées sans ajout de soufre.  Il y avait d'ailleurs de nombreux relais à Paris ou ailleurs de cette pratique, cavistes, sommeliers et autres journalistes  Avec mon boss à l'époque, on les appelait les "SS" (pour sans-soufre, mais avec la connotation fascisante pour bien exprimer combien ces personnes étaient intransigeantes).  

Je me souviens aussi de nombreuses personnes me disant qu'elles étaient hyper-sensibles au soufre, voire allergiques, et que de boire des vins "soufrés" leur donnait des maux de crâne pas possibles, des palpitations voire pire.  Il y a effectivement des personnes allergiques au soufre, mais dans ce cas le soufre est urticant, mais pas source de tous ces autres maux supposés.  J'ai l'impression qu'ils avaient tendance à somatiser un peu.  En attendant, je n'ai jamais tenté l'expérience de leur servir des vins avec des niveaux de soufre raisonnables et de leur dire qu'ils étaient sans soufre, pour voir comment ils réagiraient.  Comme l'epxérience sur les réactions des gens à la cafféine: il y a beaucoup de gens qui affirment qu'ils ont besoin de cafféine pour être bien réveillées.  Pourtant, si on remplace leur café habituel par du décaf à leur insu, ils ont l'impression d'être aussi réveillés.  Le tout c'est d'y croire!

Le problème du sans-soufre, c'est que cela rend le vin ultra-vulnérable: un changement de température trop brutal et c'est la panique: les bouteilles tournent rapidement, repartent en fermentation, voire pire.  Donc, le vin sans soufre, c'est très bien chez le vigneron, mais dès que ça sort de sa cave, plus rien n'est sûr.  Je me souviens de Kermit Lynch, le grand importateur Californien, me racontant qu'au début des expériences de Marcel Lapierre et compères sur les vins zéro soufre, il se retrouvait avec entre un quart et un tiers des bouteilles foutues à l'arrivée.  Il a donc été le premier à insister pour que ses vignerons mettent au moins un tout petit peu de soufre dans leurs vins pour les stabiliser.  

Car c'est là tout l'intérêt du soufre: de stabiliser le vin, d'empêcher des développements de levures ou bactéries néfastes.  Si il n'y a pas de date de péremption sur une bouteille de vin, elle peut facilement tourner si elle n'est pas protégée au minimum.  Le tout est donc d'utiliser le soufre avec parcimonie.  On voit très rarement aujourd'hui des vins qui sont super-soufrés (je parle des vins de qualité) et je ne connais pas de nez assez sensible pour détecter des niveaux faibles de soufre dans un vin.  Ce n'est pas une question de goût donc.  Plutôt une quesiton de principe, une sorte de principe de précaution, qui voudrait que le soufre soit mauvais pour l'organisme et qu'il faille l'éviter, en tout cas à fortes doses.  Soit, mais en attendant, aucun label, qu'il soit bio, biodynamique ou autre, n'interdit l'utilisation du soufre et aucun vigneron raisonnable ne refusera catégoriquement d'utiliser le soufre.  Autant dire que le soufre est une nécessité. 

Cela étant, bien entendu, le tout est d'en utiliser au bon moment et le moins possible.  Pour cela, je suis assez content qu'on soit revenus de l'époque des SS et autres moudjahidines du zéro soufre.

Monday, 19 December 2011

Christine Vernay et Thierry Germain @ Alfa International, 15 décembre 2011

Visite apparemment annuelle de deux compères, l'une du Nord Rhône, l'autre d'Anjou.  Les deux domaines sont ultra-connus en France et commencent à se faire une petite place ici.  Je connais bien les deux pour avoir goûté de nombreuses fois leurs vins, même si j'avoue que cela faisait quelques années que je n'avais pas goûté de façon systématique l'ensemble (ou presque) de leur production.  En particulier, pour le Domaine Vernay, la dernière fois que j'en avais goûté, Christine venait tout juste de reprendre le domaine de son père, Georges.  

Pour Vernay, on a goûté le Condrieu Terrasses de l'Empire 2008, pas de Coteau du Vernon, ni de Chaillées de l'Enfer :-( , et la syrah en VDP de Collines Rhodaniennes.  Donc pas de Côte-Rôtie non plus, re- :-(.  

Pour Thierry Germain, on a goûté l'Insolite en blanc, la Marginale et les Terres Chaudes en rouge.  

Pour ce qui est de Vernay, je n'ai pas vu d'évolution stylistique notable depuis la dernière fois que j'ai goûté: le Condrieu était floral, beurré mais sans excès, la Syrah, très "varietally-correct", ça sentait la syrah bien poivrée et puis c'est tout.   Pour Thierry Germain, j'ai remarqué une amélioration sensible depuis ma dernière dégustation: les vins ont gagné en fraîcheur, en minéralité et en complexité, sans toutefois atteindre les niveaux de gourmandise et de suavité de mes Saumur(-Champigny) préférés.  Thierry Germain attribue cela a des progrès significatifs en termes de viticulture.  C'est assez intéressant de voir un Bordelais de souche, bien dans sa chemise bleu ciel, son jean Diesel et ses mocassins Tod's vous parler de biodynamie avec l'oeil qui pétille.  En tout cas, le travail se ressent dans la bouteille, bravo!

A noter, deux trois choses à propos de cette dégustation.  Primo, comme je le disais, ce n'est pas la première fois que Christine et Thierry voyagent et viennent à Singapour.  Et pourtant, devant un auditoire anglophone, la présentation de Christine Vernay a commencé avec "Hélo, I âme euh vigneron from zeuh Nord-Rhône.  I make zeuh Condrieu, zeuh St Joseph ande zeuh Côte Rôtie...."  Devant ses difficultés à s'exprimer en Anglais, je me suis senti obligé de lui proposer mes services de traduction (facture à suivre), et je me suis retrouvé à faire la traduction pour toute la dégustation.  Thierry Germain a aussi fait appel à mes services, même si son niveau de langue est acceptable.  L'avantage est que j'ai pu retransmettre les infos de façon synthétique à mes interlocuteurs, en ajoutant deux-trois petites choses à ma sauce.Cela étant, si j'étais un examinateur de l'oral d'Anglais au Bac, je donnerai un 2/20 à Christine Vernay et un 10/20 à Thierry Germain, pour l'effort.  Vous m'avez déjà vu fustiger le manque de qualités commerciales des vignerons français dans ce blog, en voici encore un exemple navrant. Ce n'est quand même pas dur d'apprendre à dire cépage, vendange, coteau, argilo-calcaire, levure et foudre en Anglais, si???

Autre petite chose attrapée au vol, Christine Vernay m'a soutenu qu'il lui était impossible de pratiquer une viticulture bio, parce que ses vignobles sont sur des coteaux trop escarpés.  C'est la première fois qu'on me la sort, celle-là!  Je pensais au contraire que la pente permettait un meilleur drainage des sols et une meilleure circulation de l'air, évitant donc "naturellement" de nombreuses maladie de la vigne.  Et surtout, je ne vois pas en quoi une viticulture "conventionnelle" serait plus facile à pratiquer sur ces mêmes coteaux, à moins de traiter à l'aide d'un canadair...  Bref, je ne fais pas vraiment le lien entre coteau escarpé = impossibilité de conduire un vignoble en bio ou en biodynamie, question à étudier donc.

Et pour finir, encore une de mes magnifiques photos in situ:


Thursday, 15 December 2011

Revue littéraire

Oui, je sais, ça fait un bail que je n'ai rien posté sur ce blog, désolé pour ceux qui attendaient impatiemment la suite de l'aventure.  Gros mois de boulot, je respire un peu maintenant.  Bref, entre temps, j'ai quand même eu le temps de lire quelques BDs.  Entre autres, "Les Ignorants"* d'Etienne Davodeau.  Selon ma femme, on avait déjà lus une ou deux BDs du même auteur, mais je n'en ai absolument aucun souvenir, donc, tant pis pour la mise en abîme de l'oeuvre...

Bon, passons sur le fait que le bouquin démarre assez péniblement, ça ressemble plus à une sorte de démonstration forcée et à un ramassis de caricatures.  Mais au passage, Davodeau arrive quand même à avoir quelques réflexions intéressantes sur le vin et la viticulture et fait un tour d'horizon sympa de la BD française contemporaine.  On dira qu'il s'agit d'une bonne oeuvre de vulgarisation.  Le genre de choses qu'on entend dire Richard Leroy, le vigneron qui sert de guide à Davodeau dans la BD, enfoncent parfois un peu des portes ouvertes, du moins pour ceux qui s'intéressent un peu au vin contemporain, mais au moins ça a le mérite d'être mis sur papier (glacé) et en images.  Tant mieux. 

J'ai toujours cru que la bande déssinnée était un moyen formidable moyen de communication, que ce soit pour raconter, expliquer ou décortiquer, donc je suis content que Davodeau se serve de ce medium pour parler du vin.  En tout cas, je trouve ça nettement plus intéressant que "En cuisine avec Alain Passard"** de Christophe Blain, qui fait les yeux ronds et caresse le chef dans le sens du poil.  Point de polémique ici, point d'information d'insider, juste un auteur sous le charme du Chef et qui nous donne un compte-rendu de groupie..

Donc, si vous ne savez pas quoi acheter à votre père, frère, copain ou mari pour Noël, n'hésitez pas à glisser un petit tome des Ignorants dans sous l'arbre.

* Editions Futuropolis
** Editions Gallimard Jeunesse